C’est
dans un contexte de prospérité économique que la famille
Barbier fait construire sa demeure. Cette période est marquée
par une agriculture et un commerce florissants pour la Bretagne et le Léon
(partie nord du Finistère) : culture des céréales et
du lin, fabrication des toiles de lin et de chanvre, qui sont vendues sur
la façade ouest de l’Europe, des Pays-Bas jusqu’au Portugal,
depuis les ports de Morlaix, de Landerneau et de Roscoff.
A la fin du XVIème siècle, la famille Barbier
fait ériger sur ses terres, à la place de l’ancien manoir,
un château surpassant tout ce que la région connaît en
demeures nobles. Lieu de réception et d’agrément, Kerjean
suit la mode de son siècle et les règles de l’architecture
de la Renaissance. Sa construction et son décor, sans nul doute,
influenceront ceux d’autres édifices alentours (châteaux,
manoirs, enclos paroissiaux…). Si le maître d’œuvre
de Kerjean reste inconnu aujourd’hui, les décors et les formes
utilisées induisent ses influences. La Renaissance entraîne
une réflexion sur l’architecture marquée par l’abandon
du gothique pour l’esthétique antique. Le style se diffuse
par les guerres d’Italie et se développe en France par les
traités d’architecture diffusés grâce à
l’imprimerie. L’architecte de Kerjean s’est inspiré
notamment de Jacques Androuet du Cerceau, Philibert de L’Orme (château
d’Anet) et Sebastiano Serlio.
En 1618, la famille Barbier obtient de Louis XIII que Le
domaine de Kerjean soit érigé en marquisat. Quelque peu délaissé
au XVIIème siècle, le château retrouve son éclat
avec les successeurs des Barbier, les Coatanscour. Dans la seconde moitié
du XVIIIème siècle, Suzanne-Augustine de Coatanscour, épouse
de François-Gilles de Kersauzon, y reçoit la noblesse léonarde.
Kerjean est alors le cadre d’une vie luxueuse. Pendant la Révolution,
la marquise de Coatanscour est arrêtée et emprisonnée
à Brest où elle sera également guillotinée.
Confisqué par la Nation, Kerjean sert de garnison puis est vendu,
en 1802, à la famille Brilhac. Celle-ci participera au démantèlement
d’une partie du château en vendant des pierres de la muraille
et de l’aile des remises ainsi que le plomb des toitures. Les familles
Forsanz et Coatgoureden succèdent aux Brilhac et maintiennent le
château en état.
Le château est vendu, en 1911, à l’Etat
qui le classe aussitôt Monument Historique. Depuis 1985,
le domaine est mis à la disposition du Conseil Général
du Finistère.
Véronique Hétet, Directrice du château de Kerjean, extrait
du livret à histoires.







